La question de l'âme immortelle
Persévérer dans l'être...
Voilà bien une espérance insensée. Humaine... Parce qu'enfin, pense l'homme, à quoi bon naître, à quoi bon mûrir, à quoi bon s'évertuer, à quoi bon souffrir... Tout ce processus de personnalisation que nous avons décrit, processus lent et laborieux, fait de nous un être unique, conscient d'être unique, conscient de son importance, de son destin. Pour ma part,à l'âge de 8 ans, je me suis dit que ce serait un scandale de ne pas avoir la possibilité de survivre à la mort. Un scandale que mon ego s'anéantisse.( A 8 ans, les jugements et les émotions sont vifs, ils sont "à l'état naissant".) Aujourd'hui encore, je ne peux m'empêcher de ressentir ce scandale. Un scandale de voir toute espérance avortée: les grandes valeurs que nous découvrons en ce monde réclament du temps, beaucoup de temps, pour s'exprimer. De plus, il est logique de penser survivre : si j'ai été une fois personnalisée, je peux l'être une nouvelle fois. Je me suis découverte dans un corps, je peux me découvrir à nouveau dans un autre. Evidemment, c'est l'église, ce sont nos mères, nos grand-mères, qui nous ont mis ces idées dans la tête. Mais ces idées n'auraient pas eu d'écho si elles n'avaient pas correspondu à une demande profonde. N'y aurait-il pas en nous une instance qui nous oriente vers cette espérance? Les philosophes, les psychologues, les scientifiques actuels prennent soin de suspendre leur jugement quand il s'agit de questions métaphysiques. On ne saurait leur donner tort. Ce que nous attendons d'eux, c'est la vérité scientifique, pas des affirmations d'esprits "illuminés". Quand il s'agit de "connaissance", le philosophe doit faire preuve de circonspection: il étudie les "phénomènes", le monde tel qu'il apparait à notre expérience. Tout ce qui échappe à l'expérience n'a pas droit de cité. L'âme est donc étudiée en tant que psychisme; de son destin il n'est pas question, sinon pour dire qu'elle se meurt avec le corps.
Mais ici nous parlons de gérer notre personnalité, de la promouvoir, de l'améliorer, de la spiritualiser peut-être. En un mot d'agir. Pour agir, nous avons besoin de nous constituer des valeurs selon lesquelles agir: nous ne pouvons nous en tenir à une philosophie critique ou sceptique.
Avec une formule comme "Je sais que je ne sais rien" on n'avance guère. Et l'on n'est guère motivé.
S'intéresser au progrès de la personnalité, c'est inévitablement se demander ce que nous sommes vraiment en réalité, et pas seulement ce que nous paraissons être. Autrement dit, notre psychisme, notre âme, est-il seulement un phénomène temporaire accompagnant notre corps ? Ou, au contraire, notre âme peut-elle se qualifier, au cours de notre existence, de manière à survivre ? Dans ce deuxième cas, il y aurait grand bénéfice à travailler sur soi-même, et pas seulement pour être en bonne santé, ou pour avoir une bonne profession, ou pour aider ses semblables...
Quand on traite de la personnalité, la question de l'immortalité de l'âme est trop fondamentale pour qu'on puisse l'éluder.
L'ego, le monde, les Dieux, trois pôles de notre connaissance. Au seuil du Temple de Delphes on pouvait lire autrefois: " Connais-toi toi-même, laisse le monde aux Dieux " , formule que Socrate aurait transformée en " Connais-toi toi-même, et tu connaîtras l'Univers et les Dieux" . Il y a bien longtemps que l'homme s'est attelé à la tâche titanesque de se connaître et de connaître le monde. Mais la connaissance de soi est-elle la clef qui conduit à la connaissance de l'Univers et des Dieux ?