Un adulte est incapable de se rappeler ses trois premières années, alors même que le petit enfant mémorise parfaitement dès ses premières heures.
" Le cerveau n'est pas complètement construit, il le sera vers l'âge de sept ans. l'hippocampe, qui joue dans la mémoire le rôle d'un archiviste, fonctionne mais n'est pas mature. Le jeune enfant stocke, retient puis oublie. " Alain Lieury, professeur de psychologie générale à l'Université de Rennes2.
" Si la mémoire est là d'emblée, programmée pour acquérir des savoirs, elle mettra toutefois de longues années avant d'atteindre son pic de performances. C'est entre 18 et 25 ans que l'on dispose de la meilleure mémoire" Alain Lieury Mémoire et réussite scolaire.
Pour ma part, mes premiers souvenirs datent de l'année de mes 5 ans. Je vais tenter de les décrire pour montrer le monde mental d'un enfant de 5 ans.
Le poteau de l'école : pendant la récréation, je m'accroche au poteau, et je tourne autour, tout en goûtant le vertige procuré par ce geste.
Repasser mon ruban : je vais partir à l'école, je repasse, avec l'aide de ma grand-mère Suzanne, mon ruban à pois, pour le mettre dans mes cheveux.
Essayer ma tenue de mariage : ma mère a cousu pour moi une jupe brodée et un petit boléro pour aller au mariage de mon oncle Georges, l'essayage n'est pas des plus agréables, mais la tenue est magnifique.
Ma brouette : mon grand-père Charles s'était procuré pour moi une brouette en bois et avait cerclé la roue de fer, vu qu'il était forgeron. Rouler cette brouette sur le chemin caillouteux a provoqué pour moi une jubilation que je n'ai jamais ressenti depuis.
Le foulard violet : nous sommes au mariage de mon oncle Georges et, avec un copain, je joue à faire du théâtre sur la scène de la salle de banquet avec le foulard violet de ma grand-mère Fifine.
Ces souvenirs sont pleins de vie et de ressenti, ils montrent surtout une enfant en situation, active, consciente de soi-même et de ses proches. Il s'agit de souvenirs complexes d'une vie déjà riche. Cette enfant a déjà un embryon de personnalité.
Je laisse le dernier mot à Arthur Rimbaud, un poète de 16 ans, qui écrit en 1870, dans Les Effarés:
" ... Quand ce trou chaud souffle la vie Ils ont leur âme si ravie, Sous leurs haillons, Ils se ressentent si bien vivre, Les pauvres Jésus pleins de givre, Qu'ils sont là, tous, ... "
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