Une personnalité à gérer
La personnalité, l'ego, l'âme. Le développement et l'épanouissement de la personnalité. Le coaching et l'autocoaching. Vers une philosophie de la personnalité.
L'autocoaching, une nécessité vitale.

Quel chemin de vie suivrai-je ?
Ausone (Idylles, 15, 1)
"Nous avons à vivre non point dans un monde nouveau dont il serait possible au moins de faire la description, mais dans un monde mobile, c'est-à-dire que le concept d'adaptation doit être généralisé pour rester applicable à nos sociétés en accélération." Gaston Berger. Education et prospective.
"La vie c'est le passage. Dire qu'elle est passage revient à dire qu'elle est action." Gaston Berger. L'encyclopédie française.
"Wer rastet, der rostet" L'inactif rouille. Dicton.
La personnalité, l'ego, l'âme. Le développement et l'épanouissement de la personnalité. Le coaching et l'autocoaching. Vers une philosophie de la personnalité.

L'être humain est fait de telle sorte qu'il doit prendre sa vie en main. L'influence des parents et des
éducateurs n'a qu'un temps. Après vient le règne du libre-arbitre. Et des difficultés.
Dans notre civilisation très permissive les difficultés viennent très tôt.
Il n'est pas très ardu de respecter le code de la route. Mais quand il s'agit de se donner des lois à soi-même, ou seulement des règles de vie, ou des priorités, beaucoup chancellent.
Supposons que ma priorité soit de trouver du travail. Mon éducation m'a préparé à cette éventualité. Cependant les obstacles sont nombreux en cette période de crise. J'ai le choix entre :
- me faire confiance
- ou faire appel à un coach.
Dans les deux cas, c'est à moi de faire les démarches et de me contraindre. Même en faisant appel à un coach, je reste le seul maître de mon destin.
Le coach donne des informations et des techniques. Il peut faire gagner du temps en indiquant les mauvaises pistes. Surtout, il est une aide psychologique. Un ami dans l'épreuve.
C'est très net dans le domaine sportif. Il n'y a pas d'athlète sans entraîneur. C'est entré dans les moeurs. Mais quand les performances ne sont pas à la hauteur des espérances, l'athlète ne peut
s'en prendre qu'à lui-même.
Que nous fassions ou non appel à un coach, la vie ne nous laisse qu'un choix véritable, "l'autocoaching". Personne ne peut à notre place trouver un emploi, ou réussir des performances, ou plus largement conduire notre vie. Chacun est responsable de soi-même.
Les études de philosophie ne conduisent plus seulement au métier de professeur de philosophie ou à la fonction de commissaire de
police.
Etre devenu philosophe par étude, par choix et par expérience, c'est apporter à ses contemporains une dimension essentielle, celle du "commerce" avec le monde des idées et des valeurs.
Certains philosophes sont devenus conseillers.
Le Conseil Philosophique ou CP a pignon sur rue. Le terme est de Peter B. Raabe (Philosophical Counseling : Theory and Practice, Praeger Pub Tex, Westport/Connecticut/London,2000).
On peut lire sur Internet un article de Mme Monica Cavallé traduit de l'espagnol et intitulé "Qu'est-ce que le conseil philosophique?". Cet article est le résultat d'un forum organisé par
l'ASEPRAF, association espagnole pour la pratique et le conseil philosophique.
Le conseil philosophique est-il une thérapie?
Josep María Carbo a résumé ainsi un point d'accord clair entre tous les participants au débat : " L'ignorance (qui est pour les philosophes de la connaissance la racine ultime de la souffrance) n'est pas une maladie. "
Sur la même ligne, Gabriel Molina Mari suggéra à un moment donné la chose suivante : " Il y aurait lieu de dire que ce qui définit le CP est le fait que nous substituions le paradigme de l'autoconnaissance à celui de
la santé. "
Mariano Betès décrit le CP comme" une psychothérapie qui déborde la thérapeutique entendue
comme traitement, car son point de vue est prophylactique ".
Le CP s'ancre dans un mouvement intitulé " pratique philosophique ". L'expression " pratique philosophique " n'est pas équivalente à " philosophie pratique ".
La " pratique philosophique " est la " philosophie vécue ", " pratiquée ", " mise en action ", la philosophie qui implique tout l'être de la personne qui
philosophe, c'est-à-dire la philosophie elle-même dans son sens le plus authentique.
Pour simplifier, je dirais que le conseiller philosophique, qui est un philosophe en actes, cherche à aider son interlocuteur à se connaître philosophiquement, de manière à lui éviter l'ignorance
et la souffrance subséquente.
Notre cerveau n'est pas seulement l'organe de nos fonctions intellectuelles, il est aussi l'organe de nos émotions.
Les savants étudient les différentes substances présentes dans le cerveau et intervenant dans la psychologie des émotions.
La psychoculture, elle, ne dissèque pas notre systême nerveux. Elle nous apprend, dans la pratique, à passer d'une émotion à l'autre de manière à pouvoir maîtriser la situation quand le besoin s'en fait sentir.
Le besoin s'en fait sentir quand :
nous ne pouvons maîtriser le trac
nous ne pouvons nous empêcher d'être en colère
ou bien, au contraire, nous ne réussissons pas à nous mettre en colère quand il le faut
nous ne pouvons sortir de la dépression
nous manquons de courage
nous manquons d'enthousiasme
nous nous laissons abattre par le temps qu'il fait ou par l'attitude de nos supérieurs...
Les exemples sont nombreux. Passer d'une émotion négative à une émotion positive ou constructive, c'est le but de l'apprentissage du contrôle de ses émotions.
Comme dans tout apprentissage, il faut commencer par faire le diagnostic de ses insuffisances émotionnelles, et aussi de ses points forts. Ce diagnostic ne peut s'effectuer qu'en se "frottant" émotionnellement à ses semblables. Le pire est de rester isolé chez soi en s'imaginant invincible.
Pour contrôler son trac, il faut oser monter sur la scène.
Evidemment la difficulté de la prestation doit être progressive. On est choriste avant d'être soliste, on joue les utilités avant d'être premier rôle.
La première démarche est de reconnaître que la plupart du temps nous nous laissons dominer par nos émotions. Comme la plupart des gens. Alors qu'il convient, pour améliorer notre vie et notre santé, de nous en rendre maîtres.
Le terme est de Mihaly Csikszentmihalyi.
Il nomme expérience optimale ce que ressent une personne à un moment où elle se dit pleinement heureuse. Voici des exemples qu'il cite :
« C'est ce que ressent le navigateur quand le vent fouette son visage et que le bateau fend la mer - les voiles, la coque, le vent et la mer créent une harmonie qui vibre dans ses veines;
C'est ce qu'éprouve l'artiste peintre quand les couleurs s'organisent sur le canevas et qu'une nouvelle oeuvre (une création) prend forme sous la main de son créateur ébahi ;
C'est le sentiment d'un père (ou d'une mère) face au premier sourire de son enfant.
Pareilles expériences intenses ne surviennent pas seulement lorsque les conditions externes sont favorables. Des survivants des camps de concentration qui ont connu des conditions terribles et frôlé la mort se rappellent souvent qu'au milieu de leurs épreuves ils ont vécu de riches et intenses expériences intérieures en réaction à des événements aussi simples que le chant d'un oiseau, la réussite d'une tâche difficile, la création d'une poésie ou le partage d'un croûton de pain.
Contrairement à ce que croient bien des gens, des expériences comme celles-là, les meilleurs moments de la vie, n'arrivent pas lorsque la personne est passive ou au repos (même si le repos peut être fort agréable après l'effort). Ces grands moments surviennent quand le corps ou l'esprit sont utilisés jusqu'à leurs limites dans un effort volontaire en vue de réaliser quelque chose de difficile et d'important.
L'expérience optimale est donc quelque chose que l'on peut provoquer : l'enfant qui place avec des doigts tremblants le dernier cube sur la haute tour qu'il a construite, le nageur qui fait ses longueurs en essayant de battre son propre record, le violoniste qui maîtrise un passage difficile, par exemple. Pour chacun, il y a des milliers de possibilités ou de défis susceptibles de favoriser le développement de soi par l'expérience optimale. »
L'expérience optimale repose sur une harmonie intérieure, résultat d'un accord entre certaines intentions ou aspirations de la personne et la possibilité de les réaliser. En somme, est heureux celui qui peut répondre oui à la question « Ca va comme tu veux ? »
Expérience optimale et complexité
Chaque fois qu'une personne éprouve une expérience optimale elle s'enrichit, il lui en reste quelque chose : des souvenirs agréables, la certitude d'avoir appris quelque chose qui pourra lui servir plus tard, la fierté d'avoir atteint des objectifs, etc. Cet enrichissement est appelé complexification par l'auteur : la personnalité qui s'enrichit lors d'une expérience optimale devient plus complexe. Et en devenant plus complexe elle prend confiance en elle-même, elle acquiert plus d'estime de soi.
La complexité se traduit chez une personne par deux processus psychiques :
§ La différentiation, qui lui permet de se distinguer des autres en tant qu'être unique, existant par lui-même, avec son aptitude propre à répondre aux défis et sa liberté de décider ce qu'il fait ;
§ L'intégration, qui lui permet de vivre et d'agir en harmonie avec les personnes et la société alentour, d'y jouer un rôle, d'y exercer une responsabilité, d'y être appréciée ou redoutée.
Différentiation et intégration sont indispensables à l'estime de soi, sans laquelle une personne ne peut être heureuse. Or l'image qu'elle a d'elle-même provient de la communication avec les personnes qui l'entourent : est-elle appréciée dans son travail ?, sa présence est-elle réclamée par ses collègues et ses amis ?, etc. Une personne qui se sent exclue est forcément malheureuse.
C'est pourquoi on peut expliquer l'action des « tagueurs », « grapheurs » ou autres soi-disant « artistes urbains » qui salissent nos murs en y barbouillant des dessins ou des signatures stylisées, comme la volonté de gens exclus d'affirmer leur existence (la différentiation) et leur pouvoir de s'imposer à une société qui les rejette et les méprise (intégration par une action négative).
Cette analyse de l'expérience optimale est extraite du site " Vivre- La psychologie du bonheur" à propos du livre de Mihaly Csikszentmihalyi, paru chez Robert Laffont (1990).
Je retiens principalement
que l'expérience optimale peut se provoquer et qu'à chaque fois qu'une personnalité l'éprouve, elle s'enrichit, en devenant plus complexe, dans un mouvement de différentation et d'intégration ( à la société ).
Est-il utile de rappeler que toute cette élaboration est le travail du cerveau, l'organe du psychisme ?
Notre but premier est d'amorcer la poursuite d'un développement optimal de notre personnalité. Pour ce faire, nous cherchons à développer notre intégration psychique par l'apprentissage de l'utilisation de notre cerveau.
Et le bonheur dans tout ça ?
Faire des efforts, à quoi bon ?
Le bonheur, c'est construire une cathédrale dans sa tête, ce n'est pas faire des exercices d'intégration. Voilà ce que dit la petite voix de l'inactif qui réside en chacun de nous.
L'inactif a tort.
La compréhension du bonheur commence avec celle de la structure de notre cerveau qui est triple :
Il y a d’abord le reptilien, le vieux cerveau, qui vient de l’étape reptilienne de l’évolution; ensuite, le cerveau limbique, le système nerveux, qui est de l’étape où sont apparus les mammifères et finalement le néocortex qui correspond à l’apparition de l’homme, en fait de l’homo sapiens sapiens.
Cette division est reprise de MacLean, qui, lui, s’inquiétait de ce qu’il n’y a pas d’intégration des trois cerveaux. Il disait : " À certains moments, l’homme devient purement instinctif - comme lorsque vous êtes dépassé en voiture et que vous êtes irrité; à d’autres moments, c’est l’émotion qui prend le dessus, donc le deuxième cerveau; et, très rarement, c‘est le néocortex, niveau de l’intelligence. " MacLean estimait que l’être humain a un problème énorme, celui de vivre avec un cerveau comportant trois niveaux qui ne sont pas intégrés.
Extrait de l'émission "Par 4 chemins" du 15 juin 1998 au sujet du livre de Christian Boiron, La source du bonheur est dans votre cerveau, Paris, Albin.
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Le cerveau est en permanence remanié, " pétri " par les interactions affectives, les rencontres, les évènements de notre vie, même notre environnement culturel. Cette notion de plasticité cérébrale est la grande découverte des 15 dernières années.
Le cerveau est constamment en travaux...
Avec des phases plus ou moins sensibles. Avant quatre ans, c'est un véritable bouillonnement. la moindre information qui parvient au cerveau est aussitôt " circuitée " ( " frayée ", disait Freud), créant une sensibilité préférentielle, une propension à réagir d'une manière donnée. Au moment de l'adolescence, la plasticité cérébrale est également très grande. Et, tout au long de la vie, le bonheur, ça s'apprend.
Propos de Boris Cyrulnik, sur le site " Le bonheur, ça s'apprend ! "
Le bien-être, ce n'est pas le bonheur.
Boris Cyrulnik cite une fable de Charles Péguy, la fable du casseur de cailloux.
Charles Péguy va en pélerinage à Chartres. Il voit un type fatigué, suant, qui casse des cailloux. Il s'approche de lui : "Qu'est-ce que vous faites, monsieur ? - Vous voyez bien, je casse les cailloux, c'est dur, j'ai mal au dos, j'ai soif, j'ai chaud. Je fais un sous-métier, je suis un sous-homme." Il continue et voit plus loin un autre homme qui casse les cailloux; lui n'a pas l'air mal. "Monsieur, qu'est-ce que vous faites? - Eh bien, je gagne ma vie. Je casse des cailloux, je n'ai pas trouvé d'autre métier pour nourrir ma famille, je suis bien content d'avoir celui-là." Péguy poursuit son chemin et s'approche d'un troisième casseur de cailloux, qui est souriant, radieux : "Moi, monsieur, dit-il, je bâtis une cathédrale." Le fait est le même, l'attribution du sens au fait est totalement différente. Et cette attribution du sens vient de notre propre histoire et de notre contexte social. Quand on a une cathédrale dans la tête, on ne casse pas les cailloux de la même manière.
Le bien-être, c'est l'immédiat, la perception : je mange bien, je me sens bien, je n'ai pas faim, je n'ai pas peur.
Le bonheur, lui, n'existe que dans la représentation, c'est toujours le fruit d'une élaboration. On doit le travailler. C'est dans un autre lieu, dans un autre temps, c'est presque une utopie.
Le bonheur n'est pas un objet qu'on peut attraper : il se construit dans le temps et dans l'échange.
Boris Cyrulnik : " Dans le partage. L'échange, c'est un terme commercial. Le partage, c'est un terme créateur : on va faire ensemble un enfant, on va partager les plaisirs et les soucis, on va faire ensemble une maison. L'échange, c'est un plaisir immédiat. Le partage, c'est vivre ensemble dans ce qu'on a créé. Il exige la rencontre entre deux mondes mentaux, donc le conflit, qui est créateur."
" On n'est pas heureux seul parce qu'on ne peut rien développer seul. Les petits Roumains qu'on a vus à la télé, ils étaient sains : cerveau sain, biologie saine. Ils ne savaient pas parler, ils faisaient sous eux, parce qu'ils n'avaient pas connu l'altérité. L'homme est une espèce vivante constituée pour l'altérité. Je ne peux devenir moi-même que s'il y a un autre. Même la bipédie n'est possible que s'il y a un groupe : c'est un facteur culturel. Beaucoup d'enfants abandonnés marchent à quatre pattes. Et quand la parole apparaît, on crée des mondes intersubjectifs, des constructions de représentations verbales aux combinaisons infinies."
Le bonheur, ça s'apprend. Tout au long de la vie. Ce n'est pas un objet qu'on peut attraper. C'est le résultat d'une élaboration mentale, proprement humaine, d'une construction qui s'élabore dans le partage avec autrui.
Voir le site "Relation d'aide chrétienne professionnelle avec Jacques Poujol et Claire Poujol."
Le milieu affectif marque son empreinte dans le cerveau de l'enfant.
Boris Cyrulnik rappelle que le déterminant biologique lié au transport de la sérotonine " n'empêche toutefois pas le milieu de marquer son empreinte dans le cerveau et d'orienter l'acquisition d'un style affectif - d'une manière d'aimer - particulier. " Il explique que les informations sensorielles qui enveloppent le jeune enfant induisent la création d'une myriade de nouveaux circuits dans le cerveau. Les neurones établissent 200 000 contacts par heure au cours des quatre premières années de la vie. Un enfant négligé, maltraité ou qui vit auprès d'une mère dépressive et malheureuse à ce moment critique du développement cérébral apprendra à son cerveau à canaliser les informations vers les zones cérébrales qui déclenchent plutôt la tristesse. Par contre, si l'enfant est rassuré et entouré d'une mère gaie, son cerveau sera formaté différemment et les stimulations de son milieu seront projetées de préférence vers la région cérébrale qui induit des sensations de bonheur et d'euphorie. " C'est la banalité du quotidien qui façonne le cerveau. les interactions quotidiennes établissent des circuits, des voies préférentielles, ce qui confirme l'intuition de Freud. "
L'isolement sensoriel dans lequel se retrouve un enfant qui perd sa mère et ne trouve aucun substitut dans sa famille ou sa culture ralentit la création de nouveaux circuits cérébraux. Cette carence peut mener à l'atrophie de la région fronto-limbique du cerveau. L'observation au scanner des cerveaux de jeunes orphelins abandonnés et privés de toute affection a en effet montré que cette zone cérébrale, responsable des émotions et de la mémoire, avait littéralement fondu.
Lorsque ces enfants ont été confiés à des familles d'accueil généreuses, leur cerveau a retrouvé sa taille normale un an plus tard. Les gamins avaient également récupéré un niveau intellectuel normal et s'intégraient bien socialement.
En s'appuyant sur ces exemples, Boris Cyrulnik affirme que tout n'est pas perdu pour un enfant abandonné, maltraité par la vie. Grâce au phénomène de la résilience - que le neuropsychiatre a grandement vulgarisé -, " l'enfant pourra reprendre un autre type de développement si la famille et la culture disposent autour de lui de nouveaux tuteurs. "
Une seconde chance à l'adolescence
Pour les mal partis de la vie, l'adolescence représente une deuxième chance. Sous l'effet du déversement hormonal, le cerveau retrouve une certaine plasticité qui permet aux intenses émotions provoquées par les premières amours d'induire un remaniement du mode d'attachement.
Plus tard dans la vie, à l'âge de la retraite, l'attachement subit généralement quelques transformations additionnelles. A cette étape de la vie où les proches parents et les amis disparaissent peu à peu, l'environnement affectif s'appauvrit. par contre, notre monde intime, constitué par le récit de soi qui est bien gravé dans la mémoire, prend le relais. " Les anciennes figures d'attachement s'internalisent. Une photo, une lettre ou un petit objet suffit pour les évoquer et provoquer un apaisement. " Quand on devient âgé, on peut aussi se rapprocher de Dieu. Les personnes "sécures" le remercient du miracle de vivre, les personnes "insécures" entretiennent avec Dieu un hyperattachement anxieux qui les rend agressifs quand on tente de les faire douter.
Tout au long de son livre, Boris Cyrulnik nous montre que " la vie est une conquête perpétuelle, jamais fixée d'avance. Ni nos gènes ni notre milieu d'origine ne nous interdisent d'évoluer. Tout reste possible."
D'après Pauline Gravel. Sommes-nous égaux devant le bonheur?
Nous sommes inégaux devant le bonheur. Nos cerveaux ne sont pas les mêmes.
Certains individus ont des gènes qui synthétisent de longues protéines capables de véhiculer beaucoup de sérotonine, alors que d'autres individus sont de petits transporteurs de sérotonine.
La sérotonine est un neuromédiateur sécrété dans l'espace situé entre deux neurones, ce neuromédiateur joue un rôle fondamental dans l'humeur. La sérotonine stimule les désirs, améliore les fonctions cognitives, et un grand nombre de médicaments antidépresseurs accroissent sa présence dans le cerveau.
C'est ce que montre le neuropsychiatre Boris Cyrulnik dans son dernier livre, De chair et d'âme, aux éditions Odile Jacob.
" Or on constate que les petits transporteurs de sérotonine sont hypersensibles. Ils réagissent avec beaucoup plus d'émotivité aux épreuves que les gros transporteurs, beaucoup moins sensibles aux évènements de la vie."
" Toutefois, cette tendance naturelle ne prédit absolument pas les dépressions à venir."
Prenant conscience très jeunes, pendant l'enfance, qu'ils sont vulnérables aux difficultés, les petits transporteurs de sérotonine s'organisent une vie stable et paisible, entourés de l'affection de maman et papa. Ils s'intègrent bien à l'école, laquelle encourage la routine. Par contre, ils supportent mal les déménagements. Lorsqu'ils se marient, ils font des maris fidèles et de gentils parents.
En revanche, les gros sécréteurs de sérotonine ont besoin de fortes stimulations pour avoir l'impression d'exister. Enfants, ils sont des transgresseurs, et quand ils arrivent à l'adolescence, ils prennent des risques. les filles font de l'auto-stop en minijupe et en débardeur. les garçons font des excès de vitesse ou se lancent dans des bagarres inutiles. Adultes, ils multiplient les aventures extraconjugales, et quand on les abandonne, ils ne souffrent pas longtemps avant de tourner la page. Toutefois, arrivés à un certain âge, ils n'ont rien construit et un nombre non négligeable d'entre eux sombrent dans la dépression.
Alors que, chez les animaux, le fait d'être un gros transporteur de sérotonine est garant d'un rang élevé dans l'échelle sociale, chez les humains, les petits transporteurs, à force de bons résultats scolaires - très valorisés dans notre culture - et de travail routinier, accéderont souvent à des postes supérieurs.
Mais les enfants sages et sans problèmes ne sont pas pour autant assurés de connaître le bonheur éternel. Boris Cyrulnik cite les résultats d'une étude menée par des chercheurs portugais sur une cohorte d'enfants modèles. Comme on s'y attendait, ces enfants irréprochables étaient devenus des adultes bien socialisés et sans troubles graves de la personnalité. Par contre, ils (davantage les filles que les garçons) étaient devenus anxieux et plus souvent déprimés que les enfants "normalement difficiles", c'est-à-dire plus sujets à provoquer de petits conflits sans grande conséquence. Rien n'est simple...
D'après Pauline Gravel. Sommes-nous égaux devant le bonheur?