Une personnalité à gérer
L'autocoaching, une nécessité vitale
Quel chemin de vie suivrai-je ?
Ausone (Idylles, 15, 1)
"Nous avons à vivre non point dans un monde nouveau dont il serait possible au moins de faire la description, mais dans un monde mobile, c'est-à-dire que le concept d'adaptation doit être généralisé pour rester applicable à nos sociétés en accélération." Gaston Berger. Education et prospective.
"La vie c'est le passage. Dire qu'elle est passage revient à dire qu'elle est action." Gaston Berger. L'encyclopédie française.
"Wer rastet, der rostet" L'inactif rouille. Dicton.
Je me rends compte qu'il n'est pas toujours facile de se prendre en main dans les difficultés.
Mon message aujourd'hui sera bref : déprimés et défrisés de tous poils, n'hésitez pas à me contacter en cliquant à gauche sur le bouton "contact". Je vous répondrai.
Il est illusoire de penser que l'individu peut progresser seul.
Mais ce n'est pas seulement en musique que ceci nous arrive : c'est justement de la sorte que nous avons appris à aimer tous les objets que nous aimons maintenant. Nous finissons toujours par être récompensés pour notre bonne volonté, notre patience, notre équité, notre tendresse envers l'étrangeté, du fait que l'étrangeté peu à peu se dévoile et vient s'offrir à nous en tant que nouvelle et indicible beauté : - c'est là sa gratitude pour notre hospitalité.
Qui s'aime soi-même n'y sera parvenu que par cette voie : il n'en est point d'autre. L'amour aussi doit s'apprendre.
Friedrich Nietzsche (1844-1900), Le Gai Savoir (1882), § 334
Tout s'apprend par l'échange et le partage, même le bonheur, même l'amour, même l'amour de soi-même.

L'être humain est fait de telle sorte qu'il doit prendre sa vie en main. L'influence des parents et des
éducateurs n'a qu'un temps. Après vient le règne du libre-arbitre. Et des difficultés.
Dans notre civilisation très permissive les difficultés viennent très tôt.
Il n'est pas très ardu de respecter le code de la route. Mais quand il s'agit de se donner des lois à soi-même, ou seulement des règles de vie, ou des priorités, beaucoup chancellent.
Supposons que ma priorité soit de trouver du travail. Mon éducation m'a préparé à cette éventualité. Cependant les obstacles sont nombreux en cette période de crise. J'ai le choix entre :
- me faire confiance
- ou faire appel à un coach.
Dans les deux cas, c'est à moi de faire les démarches et de me contraindre. Même en faisant appel à un coach, je reste le seul maître de mon destin.
Le coach donne des informations et des techniques. Il peut faire gagner du temps en indiquant les mauvaises pistes. Surtout, il est une aide psychologique. Un ami dans l'épreuve.
C'est très net dans le domaine sportif. Il n'y a pas d'athlète sans entraîneur. C'est entré dans les moeurs. Mais quand les performances ne sont pas à la hauteur des espérances, l'athlète ne peut
s'en prendre qu'à lui-même.
Que nous fassions ou non appel à un coach, la vie ne nous laisse qu'un choix véritable, "l'autocoaching". Personne ne peut à notre place trouver un emploi, ou réussir des performances, ou plus largement conduire notre vie. Chacun est responsable de soi-même.
Les études de philosophie ne conduisent plus seulement au métier de professeur de philosophie ou à la fonction de commissaire de
police.
Etre devenu philosophe par étude, par choix et par expérience, c'est apporter à ses contemporains une dimension essentielle, celle du "commerce" avec le monde des idées et des valeurs.
Certains philosophes sont devenus conseillers.
Le Conseil Philosophique ou CP a pignon sur rue. Le terme est de Peter B. Raabe (Philosophical Counseling : Theory and Practice, Praeger Pub Tex, Westport/Connecticut/London,2000).
On peut lire sur Internet un article de Mme Monica Cavallé traduit de l'espagnol et intitulé "Qu'est-ce que le conseil philosophique?". Cet article est le résultat d'un forum organisé par
l'ASEPRAF, association espagnole pour la pratique et le conseil philosophique.
Le conseil philosophique est-il une thérapie?
Josep María Carbo a résumé ainsi un point d'accord clair entre tous les participants au débat : " L'ignorance (qui est pour les philosophes de la connaissance la racine ultime de la souffrance) n'est pas une maladie. "
Sur la même ligne, Gabriel Molina Mari suggéra à un moment donné la chose suivante : " Il y aurait lieu de dire que ce qui définit le CP est le fait que nous substituions le paradigme de l'autoconnaissance à celui de
la santé. "
Mariano Betès décrit le CP comme" une psychothérapie qui déborde la thérapeutique entendue
comme traitement, car son point de vue est prophylactique ".
Le CP s'ancre dans un mouvement intitulé " pratique philosophique ". L'expression " pratique philosophique " n'est pas équivalente à " philosophie pratique ".
La " pratique philosophique " est la " philosophie vécue ", " pratiquée ", " mise en action ", la philosophie qui implique tout l'être de la personne qui
philosophe, c'est-à-dire la philosophie elle-même dans son sens le plus authentique.
Pour simplifier, je dirais que le conseiller philosophique, qui est un philosophe en actes, cherche à aider son interlocuteur à se connaître philosophiquement, de manière à lui éviter l'ignorance
et la souffrance subséquente.
Notre cerveau n'est pas seulement l'organe de nos fonctions intellectuelles, il est aussi l'organe de nos émotions.
Les savants étudient les différentes substances présentes dans le cerveau et intervenant dans la psychologie des émotions.
La psychoculture, elle, ne dissèque pas notre systême nerveux. Elle nous apprend, dans la pratique, à passer d'une émotion à l'autre de manière à pouvoir maîtriser la situation quand le besoin s'en fait sentir.
Le besoin s'en fait sentir quand :
nous ne pouvons maîtriser le trac
nous ne pouvons nous empêcher d'être en colère
ou bien, au contraire, nous ne réussissons pas à nous mettre en colère quand il le faut
nous ne pouvons sortir de la dépression
nous manquons de courage
nous manquons d'enthousiasme
nous nous laissons abattre par le temps qu'il fait ou par l'attitude de nos supérieurs...
Les exemples sont nombreux. Passer d'une émotion négative à une émotion positive ou constructive, c'est le but de l'apprentissage du contrôle de ses émotions.
Comme dans tout apprentissage, il faut commencer par faire le diagnostic de ses insuffisances émotionnelles, et aussi de ses points forts. Ce diagnostic ne peut s'effectuer qu'en se "frottant" émotionnellement à ses semblables. Le pire est de rester isolé chez soi en s'imaginant invincible.
Pour contrôler son trac, il faut oser monter sur la scène.
Evidemment la difficulté de la prestation doit être progressive. On est choriste avant d'être soliste, on joue les utilités avant d'être premier rôle.
La première démarche est de reconnaître que la plupart du temps nous nous laissons dominer par nos émotions. Comme la plupart des gens. Alors qu'il convient, pour améliorer notre vie et notre santé, de nous en rendre maîtres.
Le terme est de Mihaly Csikszentmihalyi.
Il nomme expérience optimale ce que ressent une personne à un moment où elle se dit pleinement heureuse. Voici des exemples qu'il cite :
« C'est ce que ressent le navigateur quand le vent fouette son visage et que le bateau fend la mer - les voiles, la coque, le vent et la mer créent une harmonie qui vibre dans ses veines;
C'est ce qu'éprouve l'artiste peintre quand les couleurs s'organisent sur le canevas et qu'une nouvelle oeuvre (une création) prend forme sous la main de son créateur ébahi ;
C'est le sentiment d'un père (ou d'une mère) face au premier sourire de son enfant.
Pareilles expériences intenses ne surviennent pas seulement lorsque les conditions externes sont favorables. Des survivants des camps de concentration qui ont connu des conditions terribles et frôlé la mort se rappellent souvent qu'au milieu de leurs épreuves ils ont vécu de riches et intenses expériences intérieures en réaction à des événements aussi simples que le chant d'un oiseau, la réussite d'une tâche difficile, la création d'une poésie ou le partage d'un croûton de pain.
Contrairement à ce que croient bien des gens, des expériences comme celles-là, les meilleurs moments de la vie, n'arrivent pas lorsque la personne est passive ou au repos (même si le repos peut être fort agréable après l'effort). Ces grands moments surviennent quand le corps ou l'esprit sont utilisés jusqu'à leurs limites dans un effort volontaire en vue de réaliser quelque chose de difficile et d'important.
L'expérience optimale est donc quelque chose que l'on peut provoquer : l'enfant qui place avec des doigts tremblants le dernier cube sur la haute tour qu'il a construite, le nageur qui fait ses longueurs en essayant de battre son propre record, le violoniste qui maîtrise un passage difficile, par exemple. Pour chacun, il y a des milliers de possibilités ou de défis susceptibles de favoriser le développement de soi par l'expérience optimale. »
L'expérience optimale repose sur une harmonie intérieure, résultat d'un accord entre certaines intentions ou aspirations de la personne et la possibilité de les réaliser. En somme, est heureux celui qui peut répondre oui à la question « Ca va comme tu veux ? »
Expérience optimale et complexité
Chaque fois qu'une personne éprouve une expérience optimale elle s'enrichit, il lui en reste quelque chose : des souvenirs agréables, la certitude d'avoir appris quelque chose qui pourra lui servir plus tard, la fierté d'avoir atteint des objectifs, etc. Cet enrichissement est appelé complexification par l'auteur : la personnalité qui s'enrichit lors d'une expérience optimale devient plus complexe. Et en devenant plus complexe elle prend confiance en elle-même, elle acquiert plus d'estime de soi.
La complexité se traduit chez une personne par deux processus psychiques :
§ La différentiation, qui lui permet de se distinguer des autres en tant qu'être unique, existant par lui-même, avec son aptitude propre à répondre aux défis et sa liberté de décider ce qu'il fait ;
§ L'intégration, qui lui permet de vivre et d'agir en harmonie avec les personnes et la société alentour, d'y jouer un rôle, d'y exercer une responsabilité, d'y être appréciée ou redoutée.
Différentiation et intégration sont indispensables à l'estime de soi, sans laquelle une personne ne peut être heureuse. Or l'image qu'elle a d'elle-même provient de la communication avec les personnes qui l'entourent : est-elle appréciée dans son travail ?, sa présence est-elle réclamée par ses collègues et ses amis ?, etc. Une personne qui se sent exclue est forcément malheureuse.
C'est pourquoi on peut expliquer l'action des « tagueurs », « grapheurs » ou autres soi-disant « artistes urbains » qui salissent nos murs en y barbouillant des dessins ou des signatures stylisées, comme la volonté de gens exclus d'affirmer leur existence (la différentiation) et leur pouvoir de s'imposer à une société qui les rejette et les méprise (intégration par une action négative).
Cette analyse de l'expérience optimale est extraite du site " Vivre- La psychologie du bonheur" à propos du livre de Mihaly Csikszentmihalyi, paru chez Robert Laffont (1990).
Je retiens principalement
que l'expérience optimale peut se provoquer et qu'à chaque fois qu'une personnalité l'éprouve, elle s'enrichit, en devenant plus complexe, dans un mouvement de différentation et d'intégration ( à la société ).
Est-il utile de rappeler que toute cette élaboration est le travail du cerveau, l'organe du psychisme ?
Notre but premier est d'amorcer la poursuite d'un développement optimal de notre personnalité. Pour ce faire, nous cherchons à développer notre intégration psychique par l'apprentissage de l'utilisation de notre cerveau.
Et le bonheur dans tout ça ?
Faire des efforts, à quoi bon ?
Le bonheur, c'est construire une cathédrale dans sa tête, ce n'est pas faire des exercices d'intégration. Voilà ce que dit la petite voix de l'inactif qui réside en chacun de nous.
L'inactif a tort.
La compréhension du bonheur commence avec celle de la structure de notre cerveau qui est triple :
Il y a d’abord le reptilien, le vieux cerveau, qui vient de l’étape reptilienne de l’évolution; ensuite, le cerveau limbique, le système nerveux, qui est de l’étape où sont apparus les mammifères et finalement le néocortex qui correspond à l’apparition de l’homme, en fait de l’homo sapiens sapiens.
Cette division est reprise de MacLean, qui, lui, s’inquiétait de ce qu’il n’y a pas d’intégration des trois cerveaux. Il disait : " À certains moments, l’homme devient purement instinctif - comme lorsque vous êtes dépassé en voiture et que vous êtes irrité; à d’autres moments, c’est l’émotion qui prend le dessus, donc le deuxième cerveau; et, très rarement, c‘est le néocortex, niveau de l’intelligence. " MacLean estimait que l’être humain a un problème énorme, celui de vivre avec un cerveau comportant trois niveaux qui ne sont pas intégrés.
Extrait de l'émission "Par 4 chemins" du 15 juin 1998 au sujet du livre de Christian Boiron, La source du bonheur est dans votre cerveau, Paris, Albin.
|